c0wb0yz Lives !
On the Republican side, you have a guy who, in 2008, is just discovering the Net and Google and whose No. 2 is a woman who got a passport last year and believes she understands Russia because Alaska is closer to Siberia than Alabama. If I were Obama, I’d put it this way: “Senator McCain, the world you claim to understand is the world of yesterday. A new century demands new thinking. Our country cannot be made fundamentally secure by a man who thought our economy was fundamentally sound.

Jon Stewart débusque des ressemblances frappantes entre le discours du président Bush invitant le Congrès à adopter le plan Paulson pour sauver l’économie américaine du désastre et celui annonçant l’invasion de l’Irak voilà cinq ans.

Avant tout le monde, Morandini a compris la bascule : moins la France allait regarder la télévision, plus elle aurait besoin d’en parler (et d’en entendre parler), le lendemain, en voiture ou au bistrot. Savoir ce qui s’est passé, ce qui s’est dit, sur telle ou telle chaîne. Il ne s’agit pas de la critiquer, mais d’y faire référence, même en surface, juste pour maintenir le lien social.
La spécificité française réside dans le cumul des mandats nationaux et locaux, (une des “vaches sacrées de la République”). La prise de conscience de cette singularité, dans les années 1960, fut d’ailleurs le fait de chercheurs américains et britanniques (Kesselman, Suleiman, Hayward et Wright). Yves Mény pointe le paradoxe français qui n’est pas dans l’existence d’une chambre territoriale (le Sénat), mais dans la coexistence de deux chambres localistes. La société politique française se caractérise, en outre, par son incapacité à s’organiser. Yves Mény se réfère au sociologue américain Jessie Pitts qui qualifie la société française de “communauté délinquante” : les français ne savent se rassembler qu’épisodiquement et “contre”. La Ve République, en concentrant l’autorité au sommet, en marginalisant davantage les partis, syndicats et autres groupes, contribue à renforcer le style politique et les comportements ou pratiques qui privilégient la règle autoritaire et la rébellion.
Le temps qu’ils trouvent une solution à leur problème économique, s’ils y parviennent, médias et journalistes continueront donc d’assurer le « service minimum continu » de l’information sur lequel ils sont en train de se replier, en diffusant - à coup de « canons à dépêches » - l’information de base issue des agences de presse : grands événements internationaux, faits divers et catastrophes, petites phrases et cours de bourse, vie des stars et des people, et promotion à jet continu des productions des industries du cinéma et de la musique… Si les médias ne consacrent plus guère de moyens à l’information politique, économique et sociale développée, qui coûte cher et se vend mal, est-ce si grave que ça pour le public ? Ne trouve-t-il pas déjà aussi bien, si ce n’est mieux, sur internet ? Grâce aux réseaux sociaux et à la blogosphère, aux moteurs de recherche et aux agrégateurs, aux possibilités quasi infinies de partage d’information, d’échange d’expérience et de recommandations qu’ils permettent, ne peut-on pas déjà, tout simplement, se passer des médias ?
“Si les médias meurent, est-ce si grave que ça ?” par Narvic sur novövision (September 28th, 2008)

Un excellent article que toute personne s’intéressant un tant soit peu à l’économie de l’information devrait lire de bout en bout. Je n’ai de cesse d’être épaté par la justesse des analyses de Narvic et la qualité de novövision. Du grand art ! Chapeau bas.

Pour l’histoire de la culture, le Web est une révolution majeure dans le stockage, la diffusion et la conservation de l’information. Les plus grandes révolutions culturelles dans l’histoire de la culture ont eu un effet sur la distribution de la mémoire. Le Web est une révolution de ce genre. Cette révolution a souvent été comparée à l’invention de l’écriture ou de l’imprimerie. Les deux comparaisons sont valables.

L’écriture, apparue à la fin du quatrième millénaire avant Jésus-Christ en Mésopotamie, est un support de mémoire externe qui rend possible une réorganisation de la vie intellectuelle et une structuration des pensées, non-accessibles dans les cultures orales. Avec l’apparition de l’écriture, une partie de notre cognition « quitte » le cerveau pour être déposée dans des supports extérieurs. La représentation visuelle de la connaissance d’une société rend possible à la fois de réorganiser la connaissance d’une manière plus utile, plus « logique », en utilisant, par exemple, des listes, des tables ou des arbres généalogiques, et de la fixer d’une génération à l’autre. De surcroît, la naissance de castes « managériales » qui supervisent la mémoire culturelle, comme les scribes, les astrologues et les bibliothécaires, rend possible l’organisation d’une méta-mémoire, c’est-à-dire l’ensemble des processus permettant d’accéder et de retrouver la mémoire culturelle.

L’imprimerie, apparue dans notre civilisation à la fin du XVe siècle, redistribue la mémoire culturelle, en changeant la configuration de la « pyramide informationnelle » dans la diffusion de la connaissance. En quel sens la révolution du Web est-elle comparable à l’invention de l’écriture et de l’imprimerie ? Dans la ligne de ces deux révolutions précédentes, le Web augmente l’efficacité dans l’enregistrement, la sauvegarde, la reproduction et la répartition de la mémoire culturelle. Comme l’écriture, le Web est un support de mémoire extérieur, mais elle s’en distingue en ce qu’elle est « active » par opposition à la nature passive de l’écriture. Comme l’imprimerie, le Web est un moyen de distribuer la mémoire culturelle dans une population, mais il en diffère de manière importante dans la mesure où il modifie de manière cruciale les coûts et le temps de la distribution. Mais à la différence de l’écriture et de l’imprimerie, le Web rend possible un changement radical dans les conditions d’accès et de sauvegarde de la mémoire culturelle avec l’introduction de nouveaux moyens de gérer la méta-mémoire, c’est-à-dire les processus par lesquels on accède à la mémoire.

La civilisation, dans une large mesure, consiste en la conception, l’organisation et l’institutionnalisation d’une méta-mémoire efficace, c’est-à-dire d’un système de règles, de pratiques et de représentations qui nous permettent de nous orienter utilement dans la mémoire collective. Une bonne partie de notre éducation scolaire consiste à assimiler des systèmes de méta-mémoire, des classifications de style, des hiérarchisations, etc., choisis par notre culture particulière. Par exemple, il est important de connaître les bases de la rhétorique afin de « classer » rapidement un vers comme appartenant à un certain style, et par suite à une certaine période, afin d’être en mesure de le situer efficacement dans le corpus de la littérature italienne. Ainsi, la méta-mémoire n’a pas seulement une fonction cognitive – retrouver une information dans un corpus –, mais aussi la fonction sociale et épistémique de fournir une organisation à cette information en termes de systèmes différents de classifications qui incorporent la valeur de la « tradition culturelle » de ce corpus. La manière dont nous récupérons de l’information est une activité épistémique qui nous permet d’avoir accès, au moyen des filtres de triage, à la manière dont les autorités culturelles ont classé et rangé une information à l’intérieur de ce corpus. Avec l’apparition de technologies qui automatisent les fonctions d’accès à la mémoire, comme les moteurs de recherche et les systèmes de traitement de la connaissance, la méta-mémoire devient également une partie de la mémoire extérieure : une fonction cognitive, centrale à l’organisation culturelle des sociétés humaines, est devenue automatisée — un autre « morceau » de la cognition quitte ainsi notre cerveau pour se matérialiser en des supports extérieurs.

“Sagesse en réseaux : la passion d’évaluer” par Gloria Origgi sur La vie des idées (September 30th, 2008)

La citation est inhabituellement longue mais l’analyse est si pertinente, si subtile que ça en est magnifique !
L’engagement de haut niveau reste encore très “artisanal”, alors que celui de bas niveau est déjà fortement industrialisé (Google). Il y a urgence à développer les outils et les pratiques qui étendent la portée des systèmes de recommandation, pour augmenter la qualité de l’accès à l’information. C’est à mon sens du côté des outils de recherche sociaux et de l’agrégation éditorialisée qu’on trouve un considérablement gisement d’amélioration de l’accès. Les systèmes automatisés ont un usage, mais qui restera de bas niveau à mon avis, ils n’accéderont pas au niveau de pertinence des systèmes de recommandation. En résumant d’une formule : Google plafonne, les Digg-like ont de l’avenir s’ils se perfectionnent, c’est Delicious qui a un fort potentiel.