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Le parti majoritaire ne l’est que faiblement, un gros quart de l’électorat. Réunificateur des droites et prétendument vainqueur du Front national, il parvient à un étiage sans rapport avec les exploits précités. Il ne bénéficie ni de la rupture serinée, ni des effets conjugués de l’énergie et de l’action prêtées au président. Pour l’UMP, contrairement aux discours officiels, cette campagne est une déception et une alerte. Sur ce dernier point, d’ailleurs, il faudra surveiller attentivement e score du Front national, peut-être moins moribond qu’on ne le dit généralement.

La gauche française, dans toutes ses composantes, est au moins aussi malade que la droite. Ses divisions sont infinies et renouvelées, la crise de leadership demeure entière et,beaucoup plus grave, la girouette idéologique continue de bouger à tous les vents. Il fallait regarder attentivement l’émission de France 2 hier soir pour constater un changement colossal d’axe de la pensée à gauche. L’homme le plus ménagé sur le plateau, celui dont les intervenants ont dit mille fois qu’il avait raison, que ces raisonnements étaient justes, était Olivier Besancenot. Si son talent personnel lui a permis de s’insérer sans difficulté dans le jeu politique, les hésitations, tergiversations et remords de ses concurrents à gauche sont en train de la placer au centre. La gauche dans l’opposition depuis presque dix ans n’est plus très loin de dire qu’il faut interdire les licenciements en temps de crise et elle se rapproche du moment où elle recommandera de pendre les capitalistes.

La campagne a aussi montré le profond malaise intellectuel dans lequel vit la société française, et dont François Bayrou est le parfait représentant. A force de dire que tout était manipulé, le journalisme sous contrôle, les journalistes des laquais, les sondeurs des vendus, le président de Modem a fini par croire à son propre discours, dont les dégâts sur l’opinion publique sont d’ores et déjà considérables. Résultat: une agressivité et une violence dont chacun a pu constater l’intensité sur le plateau de France 2 hier soir et dont Daniel Cohn-Bendit a été la victime désarçonnée. Répéter à longueur du temps que nous ne sommes plus en démocratie, que l’abus de pouvoir est insupportable et le coup d’Etat permanent, nous éloigne du respect et de l’écoute qui sont la marque de la démocratie.