Ne pas informer un peuple des périls qui menacent pourrait être qualifié de non assistance politique à une communauté en danger. Mais nous sommes tellement habitués, sous ces cieux cléments, à la médiocrité du discours public qu’il se trouve peu de responsables pour imaginer que dire la vérité, préparer les esprits, anticiper les évolutions, ressort de l’ordinaire de l’action publique et non pas de son extraordinaire. Ce que nous préférons, ce sont encore et toujours les belles histoires de la politique comme seule la France sait en produire. Dans nulle autre démocratie comparable à ce que nous sommes, on ne pourrait imaginer un face-à-face entre l’animateur le plus populaire de la télévision française et un représentant au visage avenant du trotskisme, variété intellectuelle née en Russie dans un siècle qui n’est déjà plus le notre. Cette rencontre, diffusée hier à l’heure du thé sur une chaine de service public, dit bien l’état de rêverie dans lequel nous vivons. Croire et mettre en scène des artifices ne peut être que le préalable à des désillusions cruelles et douloureuses.
