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Discours de John Hodgman vendredi lors du 65e Radio & TV Correspondents’ Dinner.

Les événéments en Iran mis à part, le gros buzz du WE sur les blogs tech US et 228 165 vues sur YouTube pour la vidéo officielle depuis vendredi. Un buzz cent fois mérité, tant la prestation est de haute volée. A classer, à mon humble avis, dans la même catégorie que celle, effectuée par Stephen Colbert devant George W. Bush en 2006. Sans aller plus loin dans le parallèle, je laisse la parole à Untravel (via Anniceris) pour une précision d’importance :

The irony isn’t directed at Obama but at liberal expectations about Obama. (Think of the contrast with Steven Colbert’s ‘truth to power’ approach when giving the same speech, where Bush himself was the target of the jokes.) It’s one of the most complicated political speeches (in terms of its layers of meaning) that I’m aware of.

Au-delà des blagues sur Dune, Rahan et Star Trek, toute l’intelligence du propos d’Hodgman est de souligner que la véritable fracture qui traverse et donc, divise, la société américaine contemporaine - et à laquelle, selon moi, la France n’échappera pas non plus - est celle du nerdism vs jockism. Il ne s’agit pas de rejouer la sempiternelle opposition entre anciens et modernes. Les termes du débat sont plus vastes. Ce qui est en jeu ici, c’est un rapport au futur, au monde et surtout à la complexité. Hodgman le précise sur son blog :

JOCKISM IS NOT ABOUT ATHLETICS per se. It’s a philosophy–of certainty vs. endless nerdish questioning; of happy conformity, vs. nerdish loner ostracisim. Jockism is suspicious of complexity, because that’s how you lose games. It’s more comfortable with what it can see, touch, feel, punch.
NERDISM conveys a certain comfort with technology, a certain faith in science to be sure, but also, it builds its teams around abstractions, ideas, weird enthusiasms. From Battlestar Galactica to cosplay to steampunk; from spirit photography to antique cocktails; from political news to even sports, paradoxically, and, as well, the idea of free and fair elections in Iran.

S’adressant à Obama, il conclut magistralement :

You are clearly NOT the person we hoped you would be… and perhaps it was wrong and impractical and unrealistic for us to lay such hopes upon you. The realty is, we are geeks. We are defined by our passions and our enthusiasms, but also by our open mindedness. Now is not a time for purity tests. But I am nervous. I am nervous because this is a beginning. Princess Irulan (from Dune) said, “A beginning is a delicate time.” And it is unsettling to realize that the difficult time we are in is NOT a triumph of the nerds, this is not the END of something happening. This is the BEGINNING of a long journey. And many of the categories that we have used to define ourselves and DIVIDE ourselves are evaporating. And while that is exciting, it is also unsettling and scary. In many ways, the talk radio show hosts are correct, the President IS a complete mystery to me but no more so than the future itself. And as I am a geek, I am obliged to embrace the future.”

Cette dernière phrase m’évoque le discours de Nicolas Sarkozy devant le Parlement réuni en Congrès. Dieu sait si on peut difficilement taxer notre Président de la République de geekisme, contrairement par exemple à son homologue américain ou, plus près de chez nous, son Premier ministre. Et pourtant il est frappant de constater combien dans son discours peuvent cohabiter une logorrhée jocksienne, avec la tendance au manichéisme (peu importe son intention pédagogique) :

Il y a deux types de mondialisation. […] La première est conflictuelle.
La deuxième est coopérative

ou encore

Il y a  le mauvais déficit. […] Il y a enfin le déficit qui finance les dépenses d’avenir.

et une argumentation nerdienne :

Vous l’avez compris, ce que je vous propose c’est le mouvement.
Ayons le courage de changer.

Peut-être Nicolas Sarkozy est-il un proto-geek ou un geek en devenir ? Après tout, il n’est plus à une métamorphose près!

“He’s Barack Obama”, la toute dernière vidéo de chez JibJab est arrivée sur l’interwebs.

BO est représenté en sauveur de notre temps, en syncrétisme de plus grands superhéros : Batman (version reboot pour la noirceur du contexte, c’est la crise hein…), Superman (pour les aptitudes volantes et l’accoutrement rouge) et Spiderman (pour la démarche arachnéenne) et un peu Captain Planet aussi (parce qu’il faut bien lutter contre le réchauffement climatique). On le voit accomplir les tâches les plus difficiles : diviser par 2 le déficit, régler le financement de l’assurance maladie, gagner en Irak, battre les Talibans, s’occuper des pirates, garantir la paix entre Israéliens et Palestiniens, mais arrêter la clope, ça c’est une autre histoire…

L’expérience ayant montré que leurs vidéos possèdent un potentiel viral, JibJab a eu la bonne idée de consacrer le dernière quart à de l’auto-promo. C’est intelligent (hein, Britain’s Got Talent, qui se mord encore les doigts de ne pas avoir monétisé sa vidéo sur Susan Boyle) et largement mérité.

Il ne faut jamais oublier en effet que les États-Unis ne sont pas une République laïque mais plutôt une démocratie chrétienne, ce qui est très différent. […] En refusant l’idée selon laquelle la laïcité était l’avenir d’un islam moderne (comme elle le fut pour le catholicisme du XIXème siècle), le président américain nous a rappelé la différence qui existait encore entre l’Europe et les Etats-Unis et n’a pas rendu service à toutes les élites des pays musulmans, notamment au sud de la Méditerranée qui essayent de faire bouger les choses. Dommage.
J’aime le rapport intime de Barack Obama à l’histoire. C’est un fil ténu mais mené avec l’élégance de l’intelligence du temps, de l’inscription historique, le sens du rôle de quelques individus dans la construction de l’Histoire, comme symboles, mais aussi comme acteurs.
La résonance intelligible de l’histoire, mêlée avec l’intime, n’est malheureusement pas un genre largement partagé. Il est délicat, et exigeant. Je ne m’y risquerai pas ici.
C’est toute l’ambiguïté de ce discours du Caire, qui a tenté de s’adresser à la société civile tout en ménageant les Etats. C’est sans doute pour cela que la référence religieuse a été tellement mise en avant, car au fond, elle est aussi une manière de ne pas poser ce problème politique. Obama ne peut pas se permettre de s’aliéner les Etats, et il s’essaie à reconquérir les sociétés. C’est la quadrature du cercle américain au Moyen-Orient.
President Obama: Sacrifice (via shaneguiter)

Cet homme est captivant. Quand il parle, on ne peut qu’écouter.
A half-hour into the meeting, an aide entered the Oval Office and slipped Mr. Obama a note informing him another meeting was to begin. The president told advisers he needed more time to decide Chrysler’s fate. He then headed off for a day consumed by a new strategy for Afghanistan, a threatened rocket launch by North Korea and the evacuation of a flooded Fargo, N.D. (“What is this, a ‘West Wing’ episode?” Mr. Axelrod recalled asking Mr. Emanuel.)