Mon live-tweet de l’audition de Messieurs Domenech et Escalettes, hier matin, a fait un peu de buzz ramdam et généré un gros débat, avec des critiques auxquelles je souhaite répondre ici. Sur son blog ce matin, Jean-Michel Aphatie soulève un débat intéressant sur la concurrence et la gêne que ces live-tweets causeraient aux journalistes. Sa position est défendable, même si elle reflète avant tout une vision assez corporatiste. En résumé, pour Aphatie, le député qui twitte en direct casse le “business” du journaliste. Ce serait bien qu’il m’invite pour en débattre. C’est vrai que lorsqu’un homme politique (qui ne se cache pas derrière un pseudo) établit un lien d’information direct avec le public, sans passer par le filtre et l’intermédiaire du journaliste, on se rend parfois compte que la valeur ajoutée du journaliste n’est pas toujours énorme. Quand l’information brute n’est pas substantielle, tout peut être dit en quelques tweets, comme c’était le cas hier pour cette audition à l’Assemblée nationale.
Résumons la situation telle qu’elle pourrait se présenter. La réforme des retraites, c’est pour tout le monde au nom de l’égalité, sauf pour la SNCF au nom de la fraternité. Et ceci peut s’écrire parce que nous vivons en liberté. D’où le quatrième mot du tryptique, car depuis Les Mousquetaires, trois égale quatre: choucroute!
Pourquoi s’attarder sur cet aspect? Parce qu’il concentre et résume toutes les ambiguïtés du discours politique concernant l’économie en France. Ne pas préciser, c’est suggérer que les « riches » paieront, c’est à dire personne au sens où la ponction supplémentaire sera indolore. Vous avez beaucoup d’argent, on vous en prend un peu. Où est le problème? Procéder ainsi revient, en réalité, à retarder le moment où on dira la vérité que chacun pourtant pressent. Les « hauts revenus » correspondent grosso modo aux cadres supérieurs dans la société française, aux ingénieurs, aux hauts fonctionnaires, autrement dit à tous ces individus qui sont passés par les grandes écoles qui ont fait et font la fierté de la République, et qui constituent aujourd’hui l’encadrement de la Nation. En clair, nous sommes loin des riches, des usurier, des spéculateurs, des affairistes, de tous ces gens qui vivent dans le système de l’argent facile, obtenu sans véritable effort ou sans vraie créativité. Il faut, bien sûr, solliciter les « hauts revenus » de la société française pour faire face aux énormes besoins financiers d’une collectivité décidée à sauver, du moins pour l’instant, ses systèmes de solidarité. Mais il faut le faire avec un discours clair, celui d’une forme de mobilisation générale devant les périls, et non pas en procédant par sous entendus, allégations, suggestions. Dire précisément, décrire honnêtement, parler aux gens avec justesse et sincérité, devraient être les piliers de l’explication de l’action publique. Ce serait, par rapport aux habitudes et à la culture française, une forme de « rupture » dont il semble bien, vu la gestion de la réforme des retraites, qu’elle demeure encore à l’état d’hypothèse dans l’hexagone.
L’une des caractéristiques de notre modèle social, ce que nous disons de nous mêmes, de nos valeurs, est inscrit dans le fonctionnement actuel du système des retraites. Ceux qui travaillent aujourd’hui paient l’inactivité de ceux qui ont travaillé hier. Ceci est le contraire de l’égoïsme, et la manifestation la plus concrète d’une solidarité entre les individus ressentant un sentiment d’appartenance à une même collectivité. En même temps, toute l’ambiguïté du débat français, ses non-dits qui deviennent des mensonges à force de l’être, se niche au coeur de ce système. L’administration, qui incarne dans notre mentalité collectivité l’intérêt général et les valeurs de l’identité nationale, a depuis longtemps instauré un principe de capitalisation des retraites qui permet à ses agents de cotiser pour leur propre retraite. Cette démarche d’inspiration anglo-saxonne au coeur même de l’identité administrative de la France est sans aucun doute la manifestation la plus déroutante de l’’hypocrisie dont nous sommes capables.
Au dessus de tout, une France qui souffre, une société inquiète, un manque de confiance absolu, dans ses dirigeants, dans l’avenir. C’est cela qui marque et qui frappe. Et face à cette inquiétude, la politique apparaît dans son impuissance, pas sans talent, mais sans puissance. Et c’est la confusion des deux, croire que le talent c’est la puissance, confondre le verbe et l’action, qui plonge la démocratie française dans le malaise qui est le sien et qui, à tous égards, demeure exceptionnel en Europe.
Les propos de Vincent Peillon sont à la fois grotesques et scandaleux. Le voici donc « entré en résistance ». Contre qui? Contre quoi? Pourquoi? En agissant comme il l’a fait, c’est à dire dissimuler son désaccord pour pièger France 2 au dernier moment, il se trouve en « cohérence totale » avec ses « valeurs ». On aimerait qu’il les nomme, ces valeurs qui autorisent le mensonge et la tromperie. Quel combat mène donc Vincent Peillon? S’il juge que le débat sur l’identité nationale ne présente aucune valeur, position que personnellement je peux comprendre, qu’il décline donc l’invitation qui lui est faite. Mais cette manière de donner sa parole uniquement dan le but de provoquer un scandale est pour tout dire assez minable et franchement indéfendable. Indigne en tout cas de quelqu’un qui se présente comme un dirigeant démocratique responsable. Son comportement s’apparente surtout à de la provocation, et semble indiquer pour l’essentiel une maîtrise très relative de la pression engendrée par le débat public.
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“Haïti dans le drame, Peillon dans la bassesse” sur le blog de Jean-Michel Aphatie (January 15th, 2010) Jean-Michel Aphatie réagit à l’affaire Peillon et aux explications de ce dernier. |
Aujourd’hui, toute tentative solitaire pour migrer sur le net sur la seule réputation d’un journaliste serait quasi vouée à l’échec : Barbier sans l’Express, Apathie sans RTL ou Canal +, ne représenteraient qu’eux-mêmes. Qui paierait aujourd’hui pour des éditos de Christophe Barbier ? Et on attend toujours le projet PPDA. La vraie conclusion, c’est ce que le seul qui joue à plein la carte de « personal branding » pour créer des médias et faire de l’argent et qui donc vient appuyer la démonstration de Xavier Ternisien, c’est Morandini. Mais bon, ce n’est pas du journalisme. Et ça ne donne pas envie. Hein, ça ne donne pas envie Monsieur Ternisien ?
Alliant fausse impertinence et vraie superficialité show-bizness et politique, l’émission phare de Canal Plus est une émission de mélange des genres. Son dispositif, son déroulement, son contenus, ses animateurs et ses invités : tout et tous concourent à transformer la politique en spectacle médiatique. Comme si la politique qui se donne en spectacle et que l’on donne en spectacle était toute la politique. Comme si elle n’était et ne pouvait être que cela. Comme si le donner à croire n’avait aucune implication… « politique » […] Le sommet est atteint une fois par semaine, chaque vendredi : ce soir là, « le Grand journal » cède, comme de nombreuses émissions, aux sirènes du spectacle de la polémique en utilisant les grosses ficelles des joutes verbales entre éditorialistes. Mais c’est quotidiennement que Michel Denisot et ses acolytes contribuent à transformer les questions politiques en sketches de cabaret. Selon deux modalités principales : d’abord, mélange des genres oblige, en badinant avec l’invité ou en se moquant de lui ; ensuite, en se préoccupant de cuisine politicienne, pimentée de tentatives de « se faire » l’invité, c’est-à-dire de le piéger afin de déposer un trophée sur sa cheminée. La futilité est réservée à Ariane Massenet (très bien épaulée par Michel Denisot), l’insolence d’apparence est partagée par Ali Baddou et Jean-Michel Aphatie, mais c’est ce dernier qui s’occupe du petit jeu politicien…
Certaines cibles ont réagi. D’ailleurs, Stéphane Guillon ne l’a pas supporté, qui a ensuite été pleuré dans deux ou trois chaumières accueillantes. Le pseudo comique a de petits airs de dictature: laissez-moi vomir mes injures et abstenez-vous de répondre, sinon, c’est la liberté que vous assassinez. Assez pitoyable mais assez efficace car avec ses grosses ficelles, Stéphane Guillon a eu à peu près autant de papiers complaisants que Barack Obama depuis qu’il est devenu président. D’ici que le Nobel se penche sur son cas…
Vous n’avez pas l’information si vous êtes loin. Vous n’avez plus l’information si vous êtes trop proche. Il faut trouver le bonne distance.
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| — | Cité par Le Figaro dans un article consacré à sa septième saison comme intervieweur du matin sur l’antenne de RTL, Jean-Michel Aphatie revient sur la distance que doivent observer, selon lui, les journalistes avec les hommes politiques. |

















