Une autre manière de dévaloriser l’information en ligne consiste à ne retenir du web en général et de Twitter en particulier que les futilités, les insignifiances. C’est à quoi s’adonne méthodiquement “Le bruit du net” sur France Info. Il n’ y est question que de “buzz”, de “people”, de blagues bien grasses et de factoïdes insipides, le tout énoncé - le matin notamment - avec la fatuité du blaireau “qui en sait beaucoup plus mais qui ne veut pas tout dire maintenant”. Cette posture journalistique a une origine technophobe et une conséquence corporatiste:
- L’origine idéologique: Le web est un gisement de données, d’informations et de documentation que ne peuvent pas contrôler, ni les intellectuels “chiens de garde” de l’ordre établi ni surtout les hiérarques et leurs minables chefaillons chargés de veiller sur la conformité, c’est à dire le conformisme, de l’information (= surtout, être dans le ton général ). La caporalisation des “petits soldats de l’actu” et le formatage des contenus journalistiques supposent que le web soit écarté des sources qui échappent à une hiérarchie aussi vieille que veule.
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- La conséquence corporatiste: Selon l’idéologie journalistique du “web insignifiant” - idéologie qui est fondamentalement technophobe sous une apparence “geek” - “le web est un truc d’adolescents ou de jeunes adultes immatures”. Et, de toutes façons, “le grand public est con par définition; donc il faut lui balancer des conneries.” (Sentence entendue des centaines de fois dans les conférences de rédactions). Prendre les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs, les internautes pour des débiles parce qu’ils sont vus comme une “masse” est une des causes profondes de la “crise de la presse”, laquelle a commencé bien avant internet. A force de mépriser les gens auxquels on s’adresse, ils s’en vont. Exploiter le web comme la source privilégiée des futilités pour auditeurs débiles , c’est dévaluer une profession déjà discréditée: on n’a pas besoin de journalistes pour parler du “buzz” et des “people”.
At the Aspen Ideas Festival this week, Andrew Sullivan said, “Journalism has become too much about journalists.” True. It’s not just that newspapers are covering their own demise as thoroughly as Michael Jackson’s. This is about the mythology that news needs newspapers – that without them, it’s not news.
Des médias et des journalistes déjà fortement discrédités auprès de l’opinion ne peuvent, dans cette opération, qu’accélérer encore un peu plus un mouvement qui les mène directement à leur propre chute. Ils creusent leur propre tombe. Internet est, aujourd’hui, notre seul recours.
Les conséquences et les dessous de ce renversement seront développés dans l’édition du Point qui paraîtra, en kiosque, jeudi 12 juin.
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“Laurence Ferrari a signé avec TF1 lundi matin” sur Le Point.fr (June 9th, 2008)
Des journalistes qui écrivent sur d’autres journalistes. Au-delà du nombrilisme ridicule - surtout vu le sujet : présenter le… quoi déjà ?, ah oui le 20h ce long et pénible moment de non-journalisme, pourtant vécu comme une consécration dans la profession à ce qu’il paraît, oui à ce qu’il paraît, parce que j’attends toujours qu’on m’en explique les raisons… Bref, je disais avant d’être assez grossièrement interrompu par moi-même, qu’au-delà du nombrilisme, cet article illustre une réalité bien plus triste encore : en étant réduits à parler d’eux-mêmes dans de telles proportions, les journalistes prouvent à leur insu qu’il s’agit là selon toute vraisemblance du dernier sujet qu’ils maîtrisent encore un peu aujourd’hui. Pas de chance pour eux : tout le monde s’en fout.
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A une journaliste qui se présente comme “journaliste indépendante”, le président répond “c’est aimable pour les autres”. Là encore, on navigue toujours entre l’humour et le premier degré, chez un président qui connaît, “depuis 30 ans qu’il fait de la politique” comme il aime à le rappeler, tous ceux qui l’interrogent mieux que quiconque, jusqu’à en tutoyer beaucoup. Mais il aime leur compagnie, et les invite à plusieurs grandes conférences de presse dans l’année. D’autant plus aisément, sans doute, qu’il maîtrise l’exercice. Et où, sans doute, il saura encore être à la fois séducteur et grinçant.
Comportement moutonnier, prime à la belle gueule (qui passe bien à l’écran), au culot et aux “références dans le microcosme”. Quand on dit que les journalistes sont des paresseux, on a ici une magnifique confirmation. Personne n’a vérifié ! Deuxième confirmation, l’ignorance crasse de nombreux journalistes pour ce qui se passe sur internet […] Pourtant, l’avenir de la diffusion de l’information, c’est sur internet que cela va se jouer. C’est un monde qui a ses codes, ses rites, ses travers et si on veut y jouer un rôle, il faut les connaitre. Il y a encore beaucoup de boulot chez les journalistes français !