Les journalistes « tradi » s’expriment on ne sait pas très bien d’où. Peut-être même de nulle part. Une sorte de lieu mythologique : pas vraiment experts de quoique ce soit, pas vraiment objectifs ni indépendants (ni des pouvoirs politiques, ni des pouvoirs économiques). Une sorte de non-lieu, dont ils sont les seuls à avoir toujours veillé à ne jamais délimiter précisément les contours, mais dont ils défendent pourtant farouchement les frontières.
Jérôme Kerviel a accordé six entretiens à une journaliste du Parisien qui n’étaient pas destinés à une publication immédiate, surtout pas la veille d’une audition importante pour lui devant le juge d’instruction chargé de son affaire. Pourtant Le Parisien a décidé de publier un collage de citations extraites de ces entretiens, mises bout à bout, le tout présenté comme une interview : « Comment Kerviel s’est raconté au Parisien ». Kerviel dénonce « des phrases sorties de leur contexte, des morceaux mis bout à bout. Ce qui est déclaré dans ce journal n’est pas ma vérité. » Le patron du Parisien se retranche derrière une ligne de défense bien dangereuse : les propos sont « authentiques », les divulguer contre l’avis de leur auteur « sert la vérité ». Le reste n’est selon lui qu’un « bal des hypocrites ». Que Dominique de Montvalon me permette d’en faire une lecture différente : Kerviel a été piégé par Le Parisien ; et d’en tirer une conséquence toute personnelle : ne parle jamais à un journaliste du Parisien.
N’en déplaisent aux journalistes, qui nous prennent probablement pour de grands enfants qui ont besoin d’un contrôle parental pour différencier le bon grain de l’ivraie : les pauvres ! Ils ne vont pas savoir faire le tri sans nous. Ils vont se faire avoir par le discours pervers de la publicité, de la communication, si ce n’est de la propagande ! Ben, voyez-vous, on préfère s’en passer d’un tel filtre, qui nous considère ainsi. D’autant qu’il n’est guère capable lui-même de prouver la réalité de son indépendance, et que nous avons bien des raisons de penser que ce filtre est biaisé. Et puis nous avons trouvé d’autres filtres, en qui nous avons, curieusement, plus confiance : nos amis, sur Facebook et dans les réseaux sociaux, les blogueurs, que l’on finit par connaître bien, à la longue, car en ligne ils se dévoilent et c’est leur réputation personnelle qu’ils mettent en jeu. C’est finalement une garantie plus sérieuse que celle qu’offrent les journalistes des médias ! Les blogueurs y mettent un investissement personnel, un peu d’eux-mêmes, qu’il est bien plus difficile de galvauder au bout du compte : les tricheurs sont rapidement sanctionnés, ils disparaissent du circuit. Il ne me semble pas que ça fonctionne comme ça dans les médias…
J’insiste juste sur ce point que souligne Scott Karp, sur journalism.co.uk : « c’est un aspect contre-intuitif du web », mais renvoyer ses lecteurs vers l’extérieur, plutôt que de les tenir captifs sur son site, est le meilleur moyen de les faire revenir. Il s’agit de transformer des sites web qui ne sont que des lieux de destination, c’est à dire des « culs-de-sac du web », en points de passage, bien placés sur le circuit de distribution de l’information en ligne.
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“La stratégie des fous à lier : les enjeux du journalisme de liens” par Narvic sur novövision (November 14th, 2008) Comme de coutume, billet d’une grande densité, beaucoup d’éléments à retenir et méditer pour les afficionados de l’économie de l’information. |
Le retard que la presse et les journalistes accumulent aujourd’hui, vis à vis d’internet, ne fait en réalité que favoriser l’émergence d’une nouvelle concurrence, qui engrange savoir-faire, connaissance du terrain et fidélisation de sa relation à l’audience : et cette audience que ces nouveaux médias du net sont en train de conquérir, c’est celle de la jeunesse, sur qui les médias traditionnels avaient peut-être un peu trop vite compté pour renouveler leur lectorat vieillissant et qui leur fera peut-être défaut quand la bise sera venue. Ce journalisme-là est tout simplement en train de crever de ne pas être sur le net depuis longtemps déjà, de ne pas en apprendre les règles du jeu nouvelles, d’en découvrir le potentiel formidable (et certains dangers aussi) pour tenter de s’y faire une petite place en partageant avec ceux qui sont déjà là. Il reste sur le bord du chemin à se lamenter, à critiquer ou à ironiser, plutôt que d’apprendre, découvrir, expérimenter, innover… Bref, s’adapter. Tans pis pour lui.
L’engagement de haut niveau reste encore très “artisanal”, alors que celui de bas niveau est déjà fortement industrialisé (Google). Il y a urgence à développer les outils et les pratiques qui étendent la portée des systèmes de recommandation, pour augmenter la qualité de l’accès à l’information. C’est à mon sens du côté des outils de recherche sociaux et de l’agrégation éditorialisée qu’on trouve un considérablement gisement d’amélioration de l’accès. Les systèmes automatisés ont un usage, mais qui restera de bas niveau à mon avis, ils n’accéderont pas au niveau de pertinence des systèmes de recommandation. En résumant d’une formule : Google plafonne, les Digg-like ont de l’avenir s’ils se perfectionnent, c’est Delicious qui a un fort potentiel.
C’est peut-être ça, finalement, qui défrise ces journalistes face aux « blogueurs zinfluents » : ce sont les blogueurs qui captent la meilleure audience et ne leur laissent que le tout venant ! Ces blogueurs ont patiemment construit une audience, par la conversation, la recommandation, les réseaux de liens. Et cette audience ne vient ici que parce qu’elle y trouve la qualité qu’elle recherche. C’est donc là que l’échange a lieu, parce que c’est là que se retrouvent ceux qui ont des choses intéressantes à dire. Chez eux, sur les gros sites de presse et les galaxies qui tournent autour, les journalistes ne rassemblent que des lecteurs attirés par la notoriété d’une marque ou d’un nom, ou capturé par des astuces de référencement, des achats de mots clés, toutes les ruses pour « booster l’audience » que relève Eric Mainville. Une stratégie qui ne ramènent qu’un lectorat déqualifié, volatile et infidèle. Et ne produit en commentaires qu’une sorte de diarrhée continue, comme on le voit du post à Libé, de 20minutes à Morandini…
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“Le Pape, les aristos et les sans-culottes du net” par narvic sur novövision (July 5th, 2008) Je sais, je le cite beaucoup, mais il est très bon. |
Que s’est-il passé hier soir ? Il s’est produit un moment médiatique exceptionnel. Une focalisation absolue, instantanée et simultanée de toutes les formes de médias existant vers un point unique, quelque part en Colombie. Et ces médias se sont mis à tourner en boucle à l’infini dans l’exposition spectaculaire de cet « événement pur », occupant à lui seul la totalité de l’espace médiatique disponible : la libération de l’otage.
Des médias et des journalistes déjà fortement discrédités auprès de l’opinion ne peuvent, dans cette opération, qu’accélérer encore un peu plus un mouvement qui les mène directement à leur propre chute. Ils creusent leur propre tombe. Internet est, aujourd’hui, notre seul recours.
La musique, la presse écrite et la télévision semblent bien plus touchées que l’édition, le cinéma et la radio : le disque se désintègre en morceaux, le journal se désagrège en articles, et le programme télé se décompose en extraits vidéos, tandis que le livre, le film et la séquence radio conservent leur intégrité. […] L’industrie culturelle des concerts, et des spectacles vivants en général, par exemple, n’est pas concernée, et souffre peu de l’impact d’internet.
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“Comment internet disloque les industries de la culture et des médias” par Narvic sur novövision (June 27th, 2008) Ca cadre avec moi : je n’achète plus que des livres et des DVDs et je continuer à aller à des concerts. |

















