Ce président si peu monarque, si peu enclin à endosser la dimension sacrale de sa charge, suscite des espérances dignes d’un roi thaumaturge. En cas de déception, sa popularité pourrait en souffrir, mais je suis de ceux qui croient à la primauté du politique, c’est-à-dire de l’ordre symbolique sur l’économie. […] Au final, le quinquennat se jouera moins sur le bilan que sur la capacité du pouvoir à imaginer la France d’après la crise et à jeter les bases d’une société du mérite et du travail, en rupture avec les errances du système. La droite n’a rien à gagner à être réduite au partie de l’économie, au parti du matérialisme absolu, car, comme le démontre, avec une régularité confondante l’histoire électorale, cette dimension n’influence qu’à la marge le choix des électeurs. Il suffit d’examiner le résultat des scrutins majeurs en Europe depuis vingt ans pour s’apercevoir que le score des sortants n’est absolument pas en corrélation avec l’évolution du taux de chômage. Le cimetière des grands battus du suffrage universel est plein de candidats au bilan économique flatteur. Inversement, des gestionnaires malheureux sont sortis régénérés du bain électoral. D’autres l’ont dit avant moi : “Politique d’abord”.
[La crise financière] enfonce la social-démocratie. D’abord parce que la crise et l’endettement des Etats affectent les politiques de redistribution, qui constituaient la rente électorale des partis socio-démocrates. Ensuite, parce que les socialistes ne veulent pas comprendre que la demande d’État a sensiblement changé de contenu. Elle ne porte plus seulement sur un rôle de régulation dans le secteur de l’économie, mais sur le renforcement des fonctions protectrices de l’État dans la société. Un exemple ? Face aux désordres engendrés par la mondialisation en matière de flux migratoires, le PS est partisan de “moins d’État” et tout une partie de la gauche ne veut pas d’État du tout : ni frontière, ni contrôle, ni principe de précaution. Tant qu’ils n’auront pas accompli cette révolution culturelle, les socialistes français resteront coupés du peuple. Les quadras du PS sont, comme leurs aînés, tributaires du même biotope : think tanks, médias et agence de communication, dont la principale caractéristique est d’ignorer ou de mépriser les attentes des catégories populaires. Autant dire que je ne vois pas un candidat transgressif sortir de ce languissant psychodrame. Les sempiternels débats sur les questions de procédure et les configurations d’alliance montrent qu’ils posent toujours leurs problèmes en termes d’arithmétique et non de dynamique électorale.
Sur ce terrain des valeurs, Patrick Buisson est à son aise. Avec un père Action française et ingénieur EDF acquis aux idées de Charles Maurras, le jeune Buisson a grandi dans le « national-catholicisme » cher au penseur d’extrême droite. « Je suis pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat, corrige l’homme qui, voyant nos demandes répétées d’interview échouer dans sa boîte mail, tient finalement à préciser : Deux choses pour vous éviter quelques erreurs d’approche : je suis un catholique de tradition. Je ne me range ni du côté des intégristes ni du côté des progressistes. Je n’apprécie ni les fossiles ni les invertébrés. »

















