Je suis persuadé que de l’extérieur, les principaux responsables français applaudissent le modèle suédois mais se garderaient bien de le mettre en oeuvre, même dans ses grandes lignes, ses tendances essentielles. Il y aurait pourtant du pain sur la planche de l’Etat et quel bonheur ce serait de percevoir une diminution du somptuaire au profit du nécessaire. Je crains que Paul Valéry soit toujours félicité par notre classe politique pour avoir écrit que “le pouvoir sans l’abus n’offre aucun charme”. Il y a dans la tradition française une incoercible envie de faire déborder la démocratie en gabegie.
Pourquoi s’attarder sur cet aspect? Parce qu’il concentre et résume toutes les ambiguïtés du discours politique concernant l’économie en France. Ne pas préciser, c’est suggérer que les « riches » paieront, c’est à dire personne au sens où la ponction supplémentaire sera indolore. Vous avez beaucoup d’argent, on vous en prend un peu. Où est le problème? Procéder ainsi revient, en réalité, à retarder le moment où on dira la vérité que chacun pourtant pressent. Les « hauts revenus » correspondent grosso modo aux cadres supérieurs dans la société française, aux ingénieurs, aux hauts fonctionnaires, autrement dit à tous ces individus qui sont passés par les grandes écoles qui ont fait et font la fierté de la République, et qui constituent aujourd’hui l’encadrement de la Nation. En clair, nous sommes loin des riches, des usurier, des spéculateurs, des affairistes, de tous ces gens qui vivent dans le système de l’argent facile, obtenu sans véritable effort ou sans vraie créativité. Il faut, bien sûr, solliciter les « hauts revenus » de la société française pour faire face aux énormes besoins financiers d’une collectivité décidée à sauver, du moins pour l’instant, ses systèmes de solidarité. Mais il faut le faire avec un discours clair, celui d’une forme de mobilisation générale devant les périls, et non pas en procédant par sous entendus, allégations, suggestions. Dire précisément, décrire honnêtement, parler aux gens avec justesse et sincérité, devraient être les piliers de l’explication de l’action publique. Ce serait, par rapport aux habitudes et à la culture française, une forme de « rupture » dont il semble bien, vu la gestion de la réforme des retraites, qu’elle demeure encore à l’état d’hypothèse dans l’hexagone.
Je ne mourrai pas pour une idée, mais je mourrai pour le droit d’en avoir une différente chaque jour”, dit encore Nietzsche. Je peux me lever réactionnaire, avoir un élan de générosité vers 13 heures, aller jusqu’à Besancenot sur le coup de 15 heures, revenir vers un réformisme à la Strauss-Kahn pour le thé, sans cracher sur Hollande, et, le soir, finir par penser que la droite a la vision la moins irréelle du réel. Je suis un vagabond idéologique.
On lui demande quel regard il porte sur la politique d’aujourd’hui et il offre cette fulgurance caustique mais si lucide : “…On peut prendre parti pour s’amuser. Mais prendre feu et flamme ? La politique a décroché de l’Histoire. C’est le rendez-vous des médiocres. Ceux qui rêvent d’une voiture avec chauffeur “. C’est dur, c’est vrai, c’est triste. Dénonciation trop générale sans doute mais qui ramasse en peu de mots la crise, l’absence de légitimité, la banalisation du destin collectif et, surtout, un sentiment d’accablement comme si plus rien n’était à tenter parce que tout serait irrémédiablement voué à l’échec. Il y a un doute crépusculaire, vindicatif ou découragé, qui vient altérer engagements, promesses et actions. Enfin, et à mon sens encore plus décisive, cette assertion :” La dignité du politique et l’imparfait du subjonctif font naufrage de concert, main dans la main “. Le langage de la politique et la politique du langage liés pour le meilleur et pour le pire. Aujoiurd’hui, pour le pire. La dignité réside en effet aussi bien dans les mots qu’on prononce, dans le style que dans les actes et les comportements. Ayant oublié l’imparfait du subjonctif, on s’est condamné à un monde politique imparfait. La décontraction obligatoire a chassé le grave et l’important. Clairement, ce n’est pas un progrès.
Soit l’alliance [entre le PS et Europe Ecologie] est un succès, soit ça se termine en dispute. Pour formaliser leur relation de complicité, les deux entités doivent s’accorder sur un contenu substantiel, s’entendre sur les retraites, sur une solution au déficit public, sur l’idée d’une croissance capable de maintenir le niveau de vie des Français. En fait, il faut trouver une singularité significative. Si Europe Ecologie est capable de faire émerger un programme essentiel sur l’écologie mais aussi réaliste vis-à-vis des attentes des Français et de l’économie, elle ira mano a mano avec le PS. La réussite de l’alliance passera moins par l’entente entre les deux partis que par le consensus au cœur d’Europe Ecologie même. Car la force de ce mouvement est aussi sa faiblesse : il est composite. Dans son vivier d’électeurs, il y a des gradations qui vont du Français favorable à la croissance verte au décroissant, du militant UDF orphelin jusqu’à l’anti-capitaliste. Le spectre est très large.
La fiabilité centriste dans toute sa splendeur. Le centre français, c’est une longue tradition de prostitution politique.
The best defenses against terrorism are largely invisible: investigation, intelligence, and emergency response. But even these are less effective at keeping us safe than our social and political policies, both at home and abroad. However, our elected leaders don’t think this way: They are far more likely to implement security theater against movie-plot threats. […] Security is both a feeling and a reality. The propensity for security theater comes from the interplay between the public and its leaders. When people are scared, they need something done that will make them feel safe, even if it doesn’t truly make them safer. Politicians naturally want to do something in response to crisis, even if that something doesn’t make any sense.
Je ne serai jamais candidat. Il faut avoir vraiment envie du pouvoir. Moi je préfère avoir de l’influence : on peut décliner “influence” et “liberté”, pas “pouvoir” et “liberté”.
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Je ne cesse d’être étonné par la franchise et, dans une certaine mesure, la pertinence des analyses de Daniel Cohn-Bendit. C’est, aujourd’hui, l’un des rares hommes politiques de premier plan à ne pas me donner le sentiment qu’il récite un texte comme on joue un rôle… Peut-être, tout simplement, parce qu’ainsi qu’il le reconnait lui-même : il n’est pas dans une logique de pouvoir mais d’influence. |
Les absents ont toujours l’or, du moins au Parti socialiste.
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Pour la formule évidemment. |
Ce président si peu monarque, si peu enclin à endosser la dimension sacrale de sa charge, suscite des espérances dignes d’un roi thaumaturge. En cas de déception, sa popularité pourrait en souffrir, mais je suis de ceux qui croient à la primauté du politique, c’est-à-dire de l’ordre symbolique sur l’économie. […] Au final, le quinquennat se jouera moins sur le bilan que sur la capacité du pouvoir à imaginer la France d’après la crise et à jeter les bases d’une société du mérite et du travail, en rupture avec les errances du système. La droite n’a rien à gagner à être réduite au partie de l’économie, au parti du matérialisme absolu, car, comme le démontre, avec une régularité confondante l’histoire électorale, cette dimension n’influence qu’à la marge le choix des électeurs. Il suffit d’examiner le résultat des scrutins majeurs en Europe depuis vingt ans pour s’apercevoir que le score des sortants n’est absolument pas en corrélation avec l’évolution du taux de chômage. Le cimetière des grands battus du suffrage universel est plein de candidats au bilan économique flatteur. Inversement, des gestionnaires malheureux sont sortis régénérés du bain électoral. D’autres l’ont dit avant moi : “Politique d’abord”.

















