c0wb0yz Lives !
La fiabilité centriste dans toute sa splendeur. Le centre français, c’est une longue tradition de prostitution politique.
The best defenses against terrorism are largely invisible: investigation, intelligence, and emergency response. But even these are less effective at keeping us safe than our social and political policies, both at home and abroad. However, our elected leaders don’t think this way: They are far more likely to implement security theater against movie-plot threats. […] Security is both a feeling and a reality. The propensity for security theater comes from the interplay between the public and its leaders. When people are scared, they need something done that will make them feel safe, even if it doesn’t truly make them safer. Politicians naturally want to do something in response to crisis, even if that something doesn’t make any sense.
Je ne serai jamais candidat. Il faut avoir vraiment envie du pouvoir. Moi je préfère avoir de l’influence : on peut décliner “influence” et “liberté”, pas “pouvoir” et “liberté”.

“Je suis un meilleur entraîneur que Domenech”, l’ITW de Daniel Cohn-Bendit sur LesInrocks.com (November 26th, 2009)

Je ne cesse d’être étonné par la franchise et, dans une certaine mesure, la pertinence des analyses de Daniel Cohn-Bendit. C’est, aujourd’hui, l’un des rares hommes politiques de premier plan à ne pas me donner le sentiment qu’il récite un texte comme on joue un rôle… Peut-être, tout simplement, parce qu’ainsi qu’il le reconnait lui-même : il n’est pas dans une logique de pouvoir mais d’influence.

Les absents ont toujours l’or, du moins au Parti socialiste.
Ce président si peu monarque, si peu enclin à endosser la dimension sacrale de sa charge, suscite des espérances dignes d’un roi thaumaturge. En cas de déception, sa popularité pourrait en souffrir, mais je suis de ceux qui croient à la primauté du politique, c’est-à-dire de l’ordre symbolique sur l’économie. […] Au final, le quinquennat se jouera moins sur le bilan que sur la capacité du pouvoir à imaginer la France d’après la crise et à jeter les bases d’une société du mérite et du travail, en rupture avec les errances du système. La droite n’a rien à gagner à être réduite au partie de l’économie, au parti du matérialisme absolu, car, comme le démontre, avec une régularité confondante l’histoire électorale, cette dimension n’influence qu’à la marge le choix des électeurs. Il suffit d’examiner le résultat des scrutins majeurs en Europe depuis vingt ans pour s’apercevoir que le score des sortants n’est absolument pas en corrélation avec l’évolution du taux de chômage. Le cimetière des grands battus du suffrage universel est plein de candidats au bilan économique flatteur. Inversement, des gestionnaires malheureux sont sortis régénérés du bain électoral. D’autres l’ont dit avant moi : “Politique d’abord”.
La poésie est un courant d’air nécessaire pour l’esprit, surtout pour l’esprit politique. Il y a un moment où il faut savoir s’isoler, et le meilleur moyen de s’isoler, c’est de rêver et pour rêver il n’y a rien de tel que la poésie.

Jacques Chirac dans les dernières secondes de son ITW avec Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 (November 5th, 2009)

Je suis profondément d’accord avec cette réflexion qui est, au passage, un élégant hommage que rend Jacques Chirac à son mentor.

Poésie et politique sont intimement liées. Peut-être parce qu’elles ont en commun le souci d’écouter le monde et le désir de l’enchanter…

Dans le pays de Mandrin et d’Arsène Lupin, Jacques Chirac ne pouvait pas être détesté. Pourtant refaisons un rapide rappelle de son parcours. Il fut d’abord une caricature vivante de l’opportunisme politique. Etudiant de gauche (dixit Michel Rocard qui l’a connu à Science-Po), Pompidolien adepte du capitalisme d’Etat à la fin des années 60, travailliste dans les années 70, ultralibéral reaganien dans les années 80, gaulo-autoritaire en 88, gaulliste social en 95, rien du tout et tout à la fois en 2002 pour finir écolos néo-chaveziste sur la fin. Ce fut le roi des promesses non tenues. Rappelez-vous en 1980 «en 1983 la Seine sera dépolluée et je me baignerai dedans» ou bien en 1995 «je réduirais la fracture sociale». Sur l’Europe, c’est bien simple il a tout été et son contraire, dénonçant le «parti de l’étranger» contre Giscard, s’opposant à l’entrée de l’Espagne et du Portugal, puis devenant favorable au traité de Maastricht en 1992. C’est aussi l’archétype du vorace politique, du cumulard irresponsable: songez qu’en 1979 Jacques Chirac, qui n’est, rappelons le, qu’une seule et même personne, était Maire de Paris, donc aussi Président du Conseil de Paris, député de la Corrèze (à 500 kilomètres de là!) conseiller général de la Corrèze et Président du Conseil Général de Corrèze! Donc il était à la tête de deux départements à la fois et de la plus grande ville de France tout en étant à l’Assemblée nationale! Évidement, il n’était en réalité rien de tout ça, il était surtout président du RPR. Ces multiples mandats étaient autant de terrain de clientélisme avec un objectif: l’Elysée. Mais le comble c’est que cette même année il se présente aux élections Européennes!
Alors il y a l’argument suprême: «Jacques Chirac est vieux et il a rendu des services à la France, qu’on le laisse tranquille». Non seulement cet argument illustre la pertinence et la permanence du fameux «selon que vous serez puissant ou misérable… » de la Fontaine mais il illustre aussi l’image que nous avons toujours de la politique. La politique est pour beaucoup de Français une activité forcément un peu sale. Les filous et les canailles, les rusés et les malins y sont, finalement préférés aux honnêtes et aux compétents. Intellectuellement on reconnaît plus de qualités à Mendes ou Rocard mais c’est Mitterrand que l’on élira.
Monsieur Louis Valéry Giscard D’Estaing…”, a lancé la ministre de l’Economie, avant de se reprendre, provoquant des rires puis des fous-rires sur tous les bancs de l’Assemblée.Sans se départir de son sang froid, la ministre a poursuivi, imperturbable, sa réponse sur le fonds stratégique d’investissement. Mais alors qu’elle achevait son intervention, elle a à nouveau trébuché en s’adressant cette fois à “Olivier Giscard d’Estaing”, ce qui a entraîné une nouvelle vague de fous rires. Alors qu’elle regagnait son siège, plusieurs ministres ont tapoté affectueusement l’épaule de la ministre, qui a aussitôt envoyé un petit mot d’excuses à… Louis Giscard d’Estaing. Ce dernier, rompu aux comparaisons avec son illustre père, a pris l’habitude d’en plaisanter. “Lui, c’est lui et moi, c’est Louis”, a-t-il déjà lancé.

AFP

Excellente parade de Louis Giscard d’Estaing !

Le parti majoritaire ne l’est que faiblement, un gros quart de l’électorat. Réunificateur des droites et prétendument vainqueur du Front national, il parvient à un étiage sans rapport avec les exploits précités. Il ne bénéficie ni de la rupture serinée, ni des effets conjugués de l’énergie et de l’action prêtées au président. Pour l’UMP, contrairement aux discours officiels, cette campagne est une déception et une alerte. Sur ce dernier point, d’ailleurs, il faudra surveiller attentivement e score du Front national, peut-être moins moribond qu’on ne le dit généralement.

La gauche française, dans toutes ses composantes, est au moins aussi malade que la droite. Ses divisions sont infinies et renouvelées, la crise de leadership demeure entière et,beaucoup plus grave, la girouette idéologique continue de bouger à tous les vents. Il fallait regarder attentivement l’émission de France 2 hier soir pour constater un changement colossal d’axe de la pensée à gauche. L’homme le plus ménagé sur le plateau, celui dont les intervenants ont dit mille fois qu’il avait raison, que ces raisonnements étaient justes, était Olivier Besancenot. Si son talent personnel lui a permis de s’insérer sans difficulté dans le jeu politique, les hésitations, tergiversations et remords de ses concurrents à gauche sont en train de la placer au centre. La gauche dans l’opposition depuis presque dix ans n’est plus très loin de dire qu’il faut interdire les licenciements en temps de crise et elle se rapproche du moment où elle recommandera de pendre les capitalistes.

La campagne a aussi montré le profond malaise intellectuel dans lequel vit la société française, et dont François Bayrou est le parfait représentant. A force de dire que tout était manipulé, le journalisme sous contrôle, les journalistes des laquais, les sondeurs des vendus, le président de Modem a fini par croire à son propre discours, dont les dégâts sur l’opinion publique sont d’ores et déjà considérables. Résultat: une agressivité et une violence dont chacun a pu constater l’intensité sur le plateau de France 2 hier soir et dont Daniel Cohn-Bendit a été la victime désarçonnée. Répéter à longueur du temps que nous ne sommes plus en démocratie, que l’abus de pouvoir est insupportable et le coup d’Etat permanent, nous éloigne du respect et de l’écoute qui sont la marque de la démocratie.