c0wb0yz Lives !
Comme d’autres, nous traversons une période dangereuse mais, c’est notre originalité, nous éprouvons le besoin de pimenter nos débats de polémiques idéologiques qui surprennent le reste du monde. Ne cultivons aucune illusion : nous ne sortirons pas de la mondialisation, nous y sommes ; nous ne sortirons ni du capitalisme ni du libéralisme mais nous devons les soumettre à des règles plus efficaces et plus équitables, sans renoncer aux mérites de la libre initiative, mais en garantissant ses effets heureux pour tous.
Tirant les leçons des expériences étrangères, ils citent plusieurs études internationales qui prouvent que les réformes structurelles n’avancent pas dans les pays faiblement démocratiques où la crédibilité des acteurs est mince et la transparence absente. La France, selon les critères de gouvernance de ces mêmes études internationales, est très mal classée. Pour faire avancer les réformes, il faut donc, en préalable, réviser la gouvernance institutionnelle française, en clair la représentation salariale et la représentation politique dans les Assemblées. Pas de réformes sociales avec des syndicats qui ne représentent que 8% des salariés, pas de réformes économiques dans une Assemblée chasse-gardée des lobbies.
En France, la situation politique se dégrade très rapidement en dépit du niveau des transferts sociaux, avec ce paradoxe que ceux qui manifestent sont ceux dont l’emploi et le pouvoir d’achat sont garantis. Dans le même temps, refait surface la trappe à légitimité politique de la Ve République. Le chef de l’Etat se retrouve prisonnier d’un face-à-face avec l’opinion, sans contre-pouvoir ni corps intermédiaires, avec un choix cornélien : la conservation du pouvoir ou la réforme.
Est-il important ou pas, nécessaire ou pas, de supprimer un poste de fonctionnaire sur deux partant à la retraite? Et, à contrario, est-il dommageable ou pas de ne pas le faire? En vérité, personne n’en sait rien. Le fatras des emplois publics est tel que ni le gouvernement ni un quelconque dirigeant politique n’est capable de dire clairement ce dont l’administration et le service public ont besoin en France, ce qui est devenu inutile ou inadapté en son sein, ce qui doit être renforcé ou modifié. Du coup, tout le monde réclame et les ministre, le premier ministre, le président de la République, perpétuellement sur la défensive, refusent sans pour autant expliquer. C’est sans doute dans ce débat, dans sa forme et ses évolutions, que l’on peut vraiment prendre conscience du déficit pédagogique considérable dont souffre le débat français. Ne sont expliqués correctement ni les nécessités d’une modernisation de l’appareil d’Etat, ni les enjeux budgétaires, car tout de même le fonctionnement de ce vaste secteur pourrait être soumis à une classique balance des avantages et des coûts pour la collectivité. Parfois, la politique et ceux qui la font donnent le sentiment de si peu de sérieux et de rigueur que l’on se surprend à penser que la politique elle même n’est qu’un jeu et une succession de postures. Appréciation évidemment fausse et dramatique mais suggérée, hélas, par ce qui se passe sous nos yeux.
En France, on veut toujours faire la réforme parfaite, et comme on n’y arrive pas, on ne la fait pas. Moi je veux la réforme continue.
A nouveau, comme douze ans sous Jacques Chirac, à l’inverse de ce qui se passe à l’étranger, les réformes sont ressenties en France comme des “moins”, moins de dépenses, moins d’emplois, moins de services publics, moins de solidarité, moins d’école, etc. C’est tout le contraire qu’il faudrait : comme en Suède, au Canada ou en Allemagne, les réformes sont positives. Leur objet n’est pas du “moins” mais du “plus”, plus d’emplois pour les jeunes, plus d’innovation, plus de productivité, plus de croissance, plus d’espoir. C’est l’immobilisme français qui a accouché du “moins”. S’étant mis dans l’impasse, le gouvernement risque de perdre la bataille des esprits, donc la guerre. Comme en 1995. […] A ne pas le clore, le gouvernement laisse le mauvais débat sur la rigueur remplacer le bon débat sur la réforme.

Ce qui doit être impérativement modifié, ce ne sont pas le principe et le rythme des réformes, ce ne sont pas tant les ministres que l’esprit et le style du gouvernement. Et ce à partir de quelques principes simples.

1/Recentrer l’action sur le remède du coeur du mal français, à savoir le blocage du modèle économique et social, en évitant de traiter des problèmes qui ne se posent pas, telle la laïcité, ou la dispersion dans une politique étrangère qui doit pour l’heure se concentrer sur l’Europe et la présidence française.

2/Clarifier définitivement la stratégie macroéconomique, en hiérarchisant les priorités, en supprimant les relents protectionnistes et étatistes, en intégrant la nouvelle donne issue de la crise financière.

3/Exposer sans fard aux Français la réalité de l’affaiblissement économique du pays et les bouleversements provoqués par la crise financière.

4/Changer de méthode - tant il est vrai que trop de leadership tue le leadership et qu’un homme seul ne peut moderniser par le haut une démocratie développée -, et pour cela passer d’une posture de campagne à une position d’exercice du pouvoir, redonner une existence collective au gouvernement, rétablir la responsabilité politique des ministres et du Parlement.

Pourquoi cette focalisation de certains sur l’apparence ? Sans doute par facilité et un peu par paresse. Facilité parce que c’est un sujet qui accroche, qui retient l’attention, parce tout le monde peut avoir un avis, même ceux qui ont le QI d’une huitre. Par paresse aussi, car un article militant sur la présidence bling-bling, c’est vite torché, pas besoin de faire des recherches ou d’avoir une technicité. Quelques jeux de mots à deux balles, une ou deux flèches bien senties et le tour est joué. Et en plus, ça suscite un max de commentaires et de liens. Que demander de plus ? […] Se focaliser aussi lourdement sur le people, c’est faire fausse route, car c’est donner plus d’importance qu’il n’en mérite à cet aspect. Et surtout, pendant ce temps, on ne s’occupe pas vraiment des réformes de fond, celles qui vont redessiner la France de demain, et sur lesquelles il y aurait des choses à dire, des positions politiques à prendre.
On peut toujours discuter sur la méthode, mais la concertation avec les gens qui disent toujours non, ce n’est pas très facile.
Au final, il est très probable, sinon déjà presque certain, que la suppression des régimes spéciaux de retraites entraînera peu d’économies, voire suscitera des dépenses supplémentaires. En France, ce genre de pratique porte un nom. On appelle cela des réformes, et après tout, on comprend pourquoi nous avons tant tardé à en faire.